L'investissement dans l'enseignement supérieur, nécessaire pour l'emploi, aurait un impact important sur la croissance en France. C'est ce qui ressort du premier Livre Blanc dédié à l'Enseignement supérieur et à la Recherche remis ce 31 janvier 2017 à Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur et à la Recherche.
           
Présidé par Bertrand Monthubert, professeur de mathématiques et ancien président de l'Université de Toulouse III, le comité du Livre Blanc est composé de dirigeants universitaires, chercheurs et politiques.
 
B. Monthubert a présenté ce Livre Blanc aux directeurs des grandes écoles à l'occasion de l'Assemblée Générale de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE) du 31 janvier. Il a rappelé le point de départ de de la vision : « Nous sommes dans un monde qui évolue vite avec des défis importants », dont la transformation numérique de la société, les modalités autour du travail et « les craintes du remplacement de métiers sous l'effet de l'automatisation ». Nous avons besoin de nouveaux savoirs et donc de formation et de partages scientifiques. Les pays historiquement dominants en matière d'enseignement supérieur sont rattrapés par des pays qui n'existaient pas sur le secteur, comme la Corée, dont le solide taux de diplômés ne cesse d'augmenter.
 
Avant de dresser les objectifs pour la France, Bertrand Monthubert a rappelé que 9 diplômés de l'Enseignement Supérieur sur 10 ont un emploi. L'impact du chômage est donc moins fort chez les diplômés.
D'ici 10 ans, 60% d'une classe d'âge diplômée de l'Enseignement Supérieur, 3% du PIB pour la R&D et 2% du PIB consacré à l'Enseignement Supérieur, tels sont les objectifs fixés par le Livre Blanc.
 
Côté investissements, voici la programmation sur les 4 prochaines années : entre 1 550 et 3 000 M€ pour l'Enseignement Supérieur (en fonction du nombre d'étudiants), 840 M€ pour la Recherche, 785 M€ pour améliorer l'attractivité de carrière, 230 M€ par an pour la politique de site, 30 M€ par an pour le numérique et 300 M€ par an pour l'immobilier de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche publique.
Selon l'OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques), cet investissement aurait un impact important sur la croissance de la France à long terme, avec une hausse de 10 points du PIB. Il permettrait notamment de « protéger » 400 000 personnes de l'automatisation. Critiqué par l'auditoire, le mot « protéger » englobe aussi, en réalité, la formation et le développement d'emplois autour de l'automatisation.
 
Le Livre Blanc définit ainsi sa trajectoire face aux enjeux de l'enseignement supérieur : augmenter le niveau des qualifications, améliorer l'orientation et la réussite, simplifier les systèmes, réduire les inégalités face à la connaissance, accélérer l'internationalisation et accompagner l'augmentation du nombre d'étudiants.
 

Réduire le taux d'échec en premier cycle
 
Selon la CGE, pour atteindre les 60% d'une classe d'âge dans l'enseignement supérieur,  il faudrait réduire le taux d'échec en premier cycle supérieur, qui serait à diviser par deux d'ici 2025. Pour elle, "Le véritable enjeu est d'abord de faire en sorte que ces jeunes puissent s'inscrire dans des parcours de réussite. L'absence d'orientation active à l'entrée de l'université crée, de fait, une sélection par l'échec en premier cycle (seulement 27% des étudiants obtiennent un diplôme de licence sans redoubler). Les premières victimes en sont les jeunes issus de catégories sociales défavorisées. Il est indispensable de mettre en place des mesures d'information et d'orientation efficaces et transparentes en amont, mais également à l'entrée de l'enseignement supérieur."

La CGE, qui souhaite interpeller le gouvernement en cette période propice aux débats, a écrit 24 propositions "pour faire réussir la jeunesse".
Parmi elles, le premier cycle universitaire devrait proposer des cursus communs d'un à deux ans qui permettront « de donner un socle pluridisciplinaire solide aux étudiants » et de « définir un projet personnel et professionnel » avant de choisir des études courtes ou longues. Il faudrait d'ailleurs développer « des formations professionnalisantes courtes qui correspondent à des besoins non satisfaits des entreprises ».